Fondation O2

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Promotion de la santé | Prévention | Développement durable

Ambassadrice-agente spéciale

Katherine Choong transmet sous forme de commentaires et photos ses impressions sur les pays qu'elle traverse. Deux thématiques par mois sont traitées: une sur l'eau et l'autre sur un thème lié au développement durable, à la prévention ou la promotion de la santé.

   

6ème étape: Afrique du Sud



    

Le sport en Afrique du Sud

Pour l’ultime étape de notre voyage avant le retour en Suisse, notre passion pour l’escalade nous mène en Afrique du Sud, plus précisément dans la bourgade de Waterval Boven à deux heures de Johannesburg, dans un espace sauvage au cœur de la brousse. Très loin des horizons américains que nous venons de quitter où la voiture et les cadis motorisés du supermarché font fureur, nous remarquons dès notre arrivée qu’ici au contraire, les gambettes sont le principal moteur des individus. Rien qu’en sillonnant l’autoroute, nous croisons des dizaines de personnes parcourant des kilomètres pour rejoindre leur lieu de travail et il en est de même sur les routes chaotiques de poussières rouges entre deux villages, les gens nous décochant à chaque fois un sourire et un signe de main amical lorsque nous les dépassons.

En nous baladant dans le township (bidonville), nous remarquons que les Sud-Africains se passionnent pour le sport.  Même en absence de terrain adapté, les gens conservent une passion démesurée pour le ballon rond, les rires et les cris d’humeur s’échappant du terrain chaque jour jusqu’à nos oreilles. Chaque soir, derrière notre appartement, un groupe de jeunes se rassemble également sur le terrain de sport de l’école pour exécuter des exercices de gym sous les instructions d’un coach, ou parfois à même la rue pour disputer des sprints de 100 mètres, chrono’ à la main.


Les week-ends, de nombreux grimpeurs de Johannesburg transhument jusqu’à Waterval Boven, pour se rendre dès l’aube à la falaise afin de pouvoir profiter pleinement des courtes journées hivernales de l’hémisphère sud.


Alors que les gencives de la falaise se dressent à peine à une poignée de kilomètres des habitations du township, nous nous demandons pourquoi il y a si peu, voir aucun grimpeur de couleur sur ce site de renommée mondiale. Le gîte où nous créchons accueillant de nombreux grimpeurs locaux très amicaux venus de Johannesburg pour le week-end, je profite de les questionner à ce sujet. J’apprends que l’Afrique du Sud, melting pot de nationalités et de cultures différentes est en proie encore aujourd’hui à d’importantes inégalités sociales et un clivage, que l’on peut clairement observer dans le sport, subsiste entre les personnes de couleur noire et blanche. Alors que le rugby (comptant 90% de Blancs dans les joueurs d’élite[1]) et le cricket sont des activités plutôt réservées à ces derniers, le football trouve majoritairement ses supporters chez les personnes de couleur noire. N’étant pas une pro-joueuse de cricket, je peux néanmoins témoigner de cette même scission dans l’escalade, me souvenant il y a quelques années n’avoir vu que des personnes de couleur blanche au sein de leur équipe nationale lors des Championnats mondiaux d’escalade.

Alex qui dirige Roc n’ Rope Adventures, une compagnie de guide d’escalade locale, m’explique que sans aucune subvention ni promotion dans les townships, cette activité reste principalement l’apanage des Blancs de Johannesburg qui possèdent plus de moyens et d’infrastructures à disposition pour pratiquer ce sport qui est tout de même coûteux.


[1] http://com.revues.org/5975


Bien que la fin de l’Apartheid politique ait été prononcée il y a plus de vingt ans, il semble que nous soyons passés à un Apartheid social par les profondes inégalités qui perdurent. L’escalade étant liée à des contraintes financières que ce soit pour les infrastructures d’entraînement ou le matériel, ce sport reste peu accessible à la population des townships.

Mais la situation change petit à petit. Si par le passé le rugby était une institution qui mettait en exergue les différences raciales, il est question aujourd’hui d’en faire un organe de promotion de l’unité dans une société nouvelle. Le Soweto Rugby Club soutient à travers son association Rugby 101 les personnes de couleur dans ce sport. Par ailleurs, une politique de quotas oblige la présence de joueurs de couleur sur la feuille de matchs. En escalade, l’équipe de Roc n’ Rope fait également des efforts pour emmener les jeunes des townships découvrir les longues parois de grès orange afin que ce sport ne reste pas un privilège réservé aux Blancs.

Pour un bel aperçu en images des falaises de Waterval Boven et de ses alentours, visionnez la courte vidéo d’une grimpeuse américaine: https://www.youtube.com/watch?v=kkxatEiAqDc.

    

L’or bleu, cette ressource naturelle si précieuse

A la base, l’eau est un bien gratuit. Ce qui est couteux n’est pas le liquide mais le travail de purification, distribution et d’assainissement. Bien que l’accès à l’eau potable fut établi comme un droit fondamental par la Constitution sud-africaine en 1994, le pays souffre à la fois d’insuffisance de précipitations, d’infrastructures vieillissantes, d’un manque de capacité et d’une mauvaise planification qui révèlent les déficiences d'une politique de gestion de l'eau encore lacunaire.




Dans les townships qui ne possédaient dans le passé pas de pompes à eau, l’eau y était acheminée à pied sur plusieurs kilomètres par des bidons. Actuellement, deux systèmes coexistent. En ce qui concerne le premier, l’eau est un bien public accessible à tous et est fourni par les collectivités. Dans le second, certaines municipalités se sentant dépassées face à l’ampleur de la tâche et n’ayant ni les moyens financier ni les compétences, ont confié ce rôle à des entreprises privées.

L’Etat met à disposition mensuellement six mètres cubes d’eau par foyer gratuitement, ce système ne péjorant pas l’Etat qui fait alors payer plus ceux qui consomment au-delà de cette limite. Vu son succès, cette mesure s’est étendue à tout le territoire. Cependant, si cette solution permet de garantir un minimum d’eau à la population, six mètres cubes d’eau par mois c’est peu sachant qu’un foyer compte en moyenne huit personnes. L'OMS préconise d’ailleurs 25 litres par jour et par personnes pour garantir la survie et 100 litres pour assurer en plus les besoins personnels normaux et une bonne hygiène de vie, ce qui correspond à 24 mètres cube pour une famille de huit personnes par mois. Cette mesure révèle donc des problèmes d'équité quant à la taille et à la disparité des revenus des foyers. Ceux qui ne peuvent pas se payer l’eau supplémentaire doivent s’en contenter.

Certaines administrations locales se sont en revanche tournées vers la commercialisation et la privatisation des services de l’eau, ce qui affecta particulièrement les populations pauvres. L’accent étant mis sur la nécessité de recouvrir la totalité des coûts de fonctionnement et de maintenance, les entreprises qui ont ces concessions refusaient tout d’abord de fournir gratuitement les 6'000 premiers litres. Pour obtenir cet or bleu, les habitants devaient préalablement sortir leur porte-monnaie car les robinets étaient verrouillés électroniquement avec un système de carte prépayée, pour éviter le gaspillage et les mauvais payeurs.


L’impact de la privatisation de l'eau a eu des conséquences désastreuses pour les plus pauvres qui n'étaient plus capables de payer et subissaient parfois des coupures d’eau occasionnées par leurs factures impayées ou durent se contenter de s'approvisionner dans des puits éloignés ou des rivières polluées. En réponse à cela, des mouvements de résistance se sont formés qui, suite à de nombreuses manifestations, ont pu obtenir une politique de gratuité partielle de l'eau, avec les six mètres cubes mensuels.


Si globalement le pays a fait des progrès remarquables pour étendre le raccordement à l’eau potable à 90% de la population (au temps de l'Apartheid, un tiers de la population n'y avait pas accès), le Ministère de l'Eau reconnaît que l'approvisionnement n'est encore «pas fiable» pour 26% du réseau.

Tiraillée entre une réalité économique d’un pays du premier monde et les contraintes sociales d’un pays du tiers monde, la politique de la gestion de l’eau en Afrique du Sud se cherche encore.